Lonah: ...Génie de la poésie et des sonorités actuelles...
Lonah fait partie de ces nouveaux talents qui savent associer avec génie la poésie et la maitrise de sonorités tres actuelles. Lonah vient de finir un album autoproduit "pieces" qui est téléchargeable gratuitement et en intégralité. Vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas le découvrir au plus vite. N'as-tu pas peur d'essuyer les plâtres d'un interviewer novice ? E : Si complètement, je panique hallucinament Où vis-tu ? E : Paris Qu'est ce qui t'as amené à la musique ? E : Ce qui m'a amené à la musique... Dur à définir, à l'age de 4 ans, déjà, je tournais en rond en bavant sur le tapis maternel et en écoutant Pierre et le loup. Je suppose que c'était à la base une question d'émerveillement idiot, l'idée de ressentir quelque chose qui me faisait cruellement défaut par ailleurs. Après, ma mère à coups de ceinture parce que bon, on me payait pas des cours de violon pour rien. Enfin, l'idée d'un langage complètement stupide pour manipuler quelque chose d'absurdement cosmique, de créer des univers qui se justifient par eux même. Comment te vois-tu dans 3 ans ? E : Heureux, en fait, à part ça, je n'en ai strictement aucune idée. En fait, je suis déjà assez incapable de me voir dans deux semaines, alors trois ans... Je me fais assez confiance pour savoir que ce sera excellent, mais de là à avoir une quelconque idée précise... Et puis, ce serait profondément déprimant, quelque part. Comment vois-tu l'avenir de la musique (promotion, distribution) ? Et penses tu que des changements vont subvenir par la force des choses ? E : Le débat actuel porte énormément sur les questions de P2P, piratages, etc. Il est vrai que depuis que la musique s'est retrouvée, à l'instar des produits cinématographiques, réduite sous une forme numérique qui permet son transfert d'un point à l'autre du globe en quelques minutes, le système économique s'en est retrouvé perturbé. Autant dire que de ce point de vue, la question se rapproche de celle de l'évolution des technologies. Je pense sincèrement qu'on ne pourra pas vraiment empêcher ce type d'évolution, ne serait-ce que parce que de nombreux intérêts financiers autres que ceux des majors sont en jeu. Après, je doute que l'objet "disque" disparaisse, par contre, d'ici à 10 ans, je serai étonné que les majors arrivent encore à vendre des boîtiers presque vide aux acnéeux mentaux de la société, encore que.. D'une manière générale, je reste convaincu que l'assemblée des gens sérieux en costards chargés de faire plein de sous trouvera tôt ou tard une solution pour recommencer à s'engraisser sur le dos des artistes et consommateurs, question de savoir vivre. Quand à savoir si ça se fera "par la force des choses", je pense que oui, c'est d'ailleurs ce qui est en train de se passer. Que penses-tu du phénomène de création de communautés autour du développement de la musique indépendante, je citerais par exemple bnflower.com ? E: A la base, je suis un incorrigible cynique, je ne crois pas en la beauté humaine, les élans vers l'autre ensoleillés et ce genre de choses. Pourtant, dans le cas de Bnflower, j'ai été forcé de me rendre compte de ce que cette communauté était efficace et pleine de promesses. D'une manière générale, le développement d'Internet et, surtout, sa banalisation auprès du grand public brise de nombreuses barrières de communication entre artistes et auditeurs. De nombreuses initiatives prises par des particuliers et relayées par des communautés peuvent réellement changer la donne quand à la représentation des artistes dans le paysage musical. C'est le cas de BnFlower qui, mine de rien, a posé le doigt sur un point extrêmement sensible qui se pose à tout artiste désireux de faire découvrir ses travaux : la difficulté à acquérir une visibilité sérieuse dans cette innommable bouillie qu'est le net. Ce site a le mérite de poser les bonnes questions et de proposer à tout un chacun de participer. Un bémol est tout de même à poser : ce qui est vrai pour ce site en particulier ne l'est pas forcément pour nombre de sites de "diffusion" que l'on peut trouver sur le réseau, dont la seule ambition est d'accumuler un catalogue fouillis et de se faire quelques deniers là dessus. BnFlower est animé par ceux qui le désirent, avec Ignazio qui oriente assez efficacement le tout quand cela est nécessaire... Après, de là à savoir si cela va perdurer, cela dépend de la volonté des nombreux animateurs de ces réseaux, et de voir si le grand public ira s'intéresser à ces expériences, ou préfèrera s'endormir le cervelet sur les sites dédiés des grandes chaînes médiatiques.. Qu'est ce qui est beau pour toi ? E : Un peu tout et rien, en fait, c'est une donnée complètement variable. Il faut dire que j'ai un sens de la beauté assez pervers, soyons honnêtes. Des scènes, des visions, en fait , ce que Jose Hierro appelle des "hallucinations" est assez proche de ce que je ressens, des décalages incompréhensibles de l'univers. Cela peut être causé tant par une poufiasse de Gauguin, un charabia d'Eluard, le regard exorbité d'Eric Idle que par un mioche qui se prend une voiture de plein fouet une glace à la main juste après avoir dit : " Papa, papa, pourquoi le ciel il est bleu ? " Comment définis-tu ta musique ? E : Mon dieu mon dieu, j'essaie au possible de ne pas la définir, je pense en fait être le moins bien placé pour ce genre d'exercice. Je dirais que c'est du bidouillage de la réalité, mais ce serait d'une part très prétentieux, et d'autre part un peu vague. Confiture harmonique va pas mal, aussi. Des "voyages" s'approcherait assez de ce que je ressens. Quelles sont tes influences ? E : Gigantesques. Je suis continuellement à la recherche de nouveaux moyens d'exprimer des pâtés sentimentaux par des biais sonores. A la base, on pourrait donner en vrac Radiohead (évidemment), Lo'jo, Eels, Massive Attack, le Muse des premiers jours pour commencer. Après ça devient difficile, beaucoup de classique, plus particulièrement du baroque (Corelli). BinaryMind aussi pour les deux dernière années, ce qui laisse augurer de mauvaises choses pour les morceaux à venir... Tu dit : "Il s'occupait ensuite de les mélanger, les compresser, les étirer, jusqu'à ce que la musique devienne réellement un corps de l'idée". Peux tu en dire plus ? E : C'est la "phase deux" du processus de composition, ça. A la base, je collectionne en effet les objets sonores d'un côté, des sortes de particules musicales sans sens mises de côté. De l'autre, j'ai une idée bâtarde et son texte. La phrase que tu cites décrit plus ou moins bien le moment ou on essaye de réunir les deux, de partir des objets harmoniques pour en faire une structure cohérente qui accueillera la voix de Raphaëlle. C'est un processus assez stupide et enfiévré, fait de nombreuses heures inutiles, pendant lequel j'assemble, modifie, torture le son pour s'approcher le plus possible de l'idée (à prendre dans une vision semi platonicienne, semi patateuse) que je veux "représenter". Décrire mieux le processus risquerait d'être assez inintéressant, hormis que ce travail se fait sur toutes les dimensions possibles du morceau, l'agencement, les harmonies, mélodies, le panel sonore utilisé, le mix, etc. J'ai de plus en plus de mal à favoriser l'un de ses aspects en dépit des autres Tu travailles sur l'adaptation de textes/poésies (Eluard, "Crépuscule" d'Apollinaire, " Le roi se meurt " de Ionesco), qu'est qui te pousse à ressortir ces textes du grenier pour les faire revivre ? E : Ces fameuses hallucinations entrevues dont j'ai parlé plus tôt en fait. Le roi se meurt m'avait ému comme un petit con sensible, c'est une merveille qui traite de la plus grande et la plus stupide des questions humaines, celle de l'existence. Etant touché par cette œuvre, j'ai eut envie d'essayer d'exprimer musicalement une vision personnelle de ce texte. C'est un caprice en fait, exactement comme pour Crépuscule. Mais il est important de comprendre que je n'ai pas eut l'ambition idiote de "mettre ces textes en musique", dans le sens où je n'ai pas la prétention d'avoir accès à l'œuvre "pure" (si tant est que celle ci existe) . Nous avons, avec Raphaëlle, donné une vision personnelle de l'oeuvre, travaillée à partir de ce que nous ressentions simplement face à ces oeuvres Envisages tu d'écrire des textes en anglais, genre du Shakespeare (on sait jamais) ? E : On a déjà essayé avec Keep Walking, l'anglais est une langue plus coulante et sans doute un peu mieux adaptée à certains styles. Néanmoins, je suis extrêmement attaché à la moindre nuance dans les textes, chaque mot a sa propre couleur, un univers qui lui est rattaché, et chaque phrase et écrite et ré écrite des centaines de fois afin d'approcher au mieux ce que l'on veut exprimer. Dans ce contexte, je ne parle certainement pas assez bien anglais pour faire des textes qui puissent me satisfaire. Je suis en train de lire la vie de Paul Radis, est-ce que tu peux et veux en dire un peu plus ? E : C'est un projet cosmique, commencé il y a très longtemps et qui finira il y a très longtemps, comment dire, c'est la quête absurde et existentielle d'un homme voulant détruire un concerto de Bach, ce qui, on peut facilement l'imaginer, n'est pas évident, ne serait-ce que pour cerner ce qu'est ce concerto. Dans cet hommage mal dissimulé à Ionesco, on y trouve pèle mêle un docteur qui découpe les hommes centimètre par centimètre pour y trouver le secret de l'existence, une concierge construisant des horloges pour dominer un monde régi par ces femmes, Narcisse, Cyrano de Bergerac, Don quichotte, le diable et le concerto bien sûr. C'est un travail que j'espère peut être finir d'ici à l'an prochain, encore que beaucoup reste à faire. Ce livre est d'ailleurs très lié aux pièces, ne serait-ce que parce qu'on y retrouve les poèmes écrits pour le disque J'ai entendu dire que tu es un acharné insatiable et éternel insatisfait. Tu bosses sur de nouveaux morceaux actuellement ? E : Bah, quand on sait que je met de 6 mois à 2 ans pour un morceau, on imagine aisément que le prochain disque est déjà en cours, il sera beaucoup plus électro. On y comptera deux reprises de BinaryMind qui était déjà à l'origine des amants de cristal, Macha riait aux anges du texte d'Eluard, A Nuestros huesos un voyage désertique contre l'éclat, Neige, une contemplation stupide et marypoppinesque, deux morceaux très jazzys au noms improbables pour l'heure, Bagatelles, une bande son pour suicidaires accomplis, et d'autres pâtés cosmiques et improbables. Quelle est la question que tu aimerais que l'on te pose ? E : " Pensez vous très sincèrement pouvoir être, sans peine et sans le moindre doute, être qualifié sémantiquement de sain d'esprit " Un nouveau smiley pour finir ? [Smiley qui lit Jekelevitch en se mordant les orteils et ça fait très mal, mais c'est pas grave, parce que la vie est cool] (source yozine.net)
Par Yohan, yozine.net , le 07/06/2005
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